vendredi 8 février 2013

Adapter les intérêts


Quand je demande ce que fais un ergothérapeute a une personne qui a un premier contact avec la profession, la réponse qui vient en premier – après le classique, ‘’c’est tu les pieds ça?’’ ou le ‘’c’est pas avec les physios ça?’’,  et finalement le très vulgarisé ‘’vous donnez des bébelles pour adapter vous?’’- .....finalement c’est pas la première réponse mais bon une réponse dans laquelle beaucoup de gens trouve un sens commun : on adapte. D’un certain point de vue, c’est vrai si on extrapole la définition d’adaptation. On traite l’humain en se concentrant sur comment il est en tant qu’entité.

Mais , qu’on soit ergo à Kuujjuaq au froid, au Cameroun ou en Haïti au chaud ou dans un établissement de santé du Sud dans une température qu’on peut pas trop qualifier parce que même un amnésique qui se réveille ne saurait dire dans quelle saison on est, on doit dans un nouveau milieu faire preuve d’adaptation. C’est une qualité que l’humain possède et qui a l’occasion peut être atteinte par l’aide d’un ergothérapeute.

Quand je suis arrivé à Kuujjuaq, j’avais ma personnalité et mes intérêts basé sur l’environnement dans lequel je vivais au Sud. Si j’avais maintenu mes routines et intérêts basés sur ce que je vivais au Sud, je serais probablement gelé dans un banc de neige à l’heure qu’il est. C’est pourquoi mes intérêts ont changé dans la manière ou je les met en pratique. C’est sûr que ce que je m’ennuie le plus est le temps passé avec mes proches, ma famille, mes amis, ma blonde mais je les retrouverai bientôt et je sais qu’eux vivent leurs intérêts dans le Sud. Alors, je me dis, allons découvrir ce qu’il y a à faire à Kuujjuaq.

 Contrairement à la croyance populaire, il y a moyen de mettre en pratique ses intérêts à Kuujjuaq! Suffit de chercher un peu et d’accepter de s’adapter à son nouvel environnement. Ça fera qu’on pourra même trouver des activités qu’on

Les activités sociales

Quoi de mieux que de passer du temps avec des gens. C’est possible à Kuujjuaq. Le fait que la communauté soit petite et que les gens se ramassent souvent aux mêmes endroits (le lounge, l’hotel de ville, le forum) crée un environnement convivial ou une sortie avec de nouvelles connaissances et collègues de travail est propice.

Les activités physiques

J’adore le frisbee. Alors moi et Guillaume en avons amené un ici. Le midi, qu’il fasse -40 ou -20, nous sortons dehors et mettons en pratique cet intérêt. Ça nous a d’ailleurs valu une nouvelle définition de ce que font les ergos : ‘’Ah, les ergos, vous vous jouez au Arctic Frisbee’’.

Pour ce qui est de la course. Il est certain qu’il est plus dur de courir dans la neige et que mon père n’est pas là pour que je cours à reculons pendant que lui me suis. Alors, je me dis, pourquoi est-ce que je fais de la course??? En fait, c’est le temps passer avec les gens et le sentiment que je fais du bien à mon corps en améliorant mon endurance. C’est pour ça que je fais ça. Il y a moyen de faire ça à Kuujjuaq, il y en a pour tous les goûts. Ceux qui aime le gym peuvent être servis par ça. Mais pour se remettre en forme, rien de mieux que d’aller se promener dans les paysages nordiques et montagnes de Kuujjuaq. Trop intense! Pas de problème, faisons une gradation d’activité. Au lieu d’aller marcher intensément dans les montagnes, juste le fait de se rendre à pied en stage en une demie-heure aller et retour constitue un bon moyen de garder la forme. Surtout que maintenant moi et Guillaume on a compris le trucs des pelures d’oignon et qu’on arrive pas comme des oignons qu’on a fait suer au stage maintenant.


La cuisine

La cuisine, comme l’a dit la directrice générale lors de notre pot-luck ce midi est le langage international des gens. C’est quelque chose que j’aime bien faire. Au début, je trouvais l’épicerie plate comparativement à une épicerie du Sud. Surtout que l’endroit ou je reste n’est pas pourvu de tous les ustensiles dont j’ai besoin. Mais je me suis demandé encore une fois pourquoi j’aime cuisiner...c’est pour créer quelque chose,  d’ajouter des saveurs et de partir de rien pour finir avec quelque chose qui est bon avec ce qu’on a autour et qui rend le monde content. C’est sûr qu’il y a moins de choix de produit mais, les gens qui travaillent ici et connaisse les rudiments du Nord ont leur moyen de s’adapter à ça :
-       Amener une boite bleue pleine de nourriture (ou d’épices et sauces comme on a fait), oui une grosse boite bleue
-       Demander au propriétaire de l’épicerie de leur commander des produits.; il est ouvert et le fera (il y a une industrie de sushis qui se vendent via Internet à Kuujjuaq)
-       Se présenter à l’épicerie le mercredi (c’est là que les allées sont pleines à cause de la livraison par avion)
-       Échanger, échanger et échanger sur la bouffe à Kuujjuaq parce que finalement, tout le monde vit la même situation (le potluck ce midi m’a bien montré les possibilités de faire de la bonne bouffe : des boulettes aux arachides, du caribou gelé comme dans la tradition Inuit! du seviche, du gateau au fromage maison, des jos louis maison)
-       Se faire inviter par un Inuit à chasser ou à manger (pas encore arrivé,  peut-être faut-il être ici plus longtemps pour recevoir ça)

Alors je résume, amenez vos ustensiles et batteries de cuisine et adaptez-vous à ici en utilisant votre environnement pour vous donner des trucs!

Télévision, lecture et tout

La télévision existe à Kuujjuaq avec tout ce qu’on a besoin mais il faut parfois attendre un peu avant de la recevoir. Une fois qu’on l’a on est bien content pour regarder le hockey. Si on veut regarder des films, on peut aller à l’hotel de ville ou il y a un programme double à chaque semaine! Vous savez, comme quand on allait au ciné-parc quand on était petit et qu’on restait pour les deux films. Aussi, comme l’Internet est trop lent pour regarder des émissions ou des bandes annonces, on fait ce qu’on peut avec ce qu’on a. J’ai amené quelque film mais encore une fois, comme tout le monde est dans la même situation, on peut en emprunter à des gens au travail. Sinon, on fait de la lecture. Pourquoi pas en Inuktitut? Ça par contre faut être resté plus longtemps

Et s’il manque de quoi à ta vie, bien commande le par Internet, le service de poste est excellent. ET tant qu’à avoir la poste et être à Kuujjuaq, pourquoi pas envoyer une carte postale de là avec une enveloppe faite par ton coloc? Toi qui lis, surveille ta boite aux lettres...

Et il y a plein d’activités qu’il n’y a pas au Sud à faire...à découvrir

Bref, le Nord, il y a des choses à faire et ceux qui sont ici depuis longtemps se sont adaptés et sont heureux. La preuve, ils se retrouvent tous la fin de semaine aux mêmes endroits et tout le monde parle à tout le monde. Peut-être plus dur au début mais au fil du temps, on développe les liens!

Benjamin

Le vouloir

Première révélation

Un jour quelqu'un m'a dit : « Qu'est-ce que tu veux mon vieux? Dans la vie, on fait ce qu'on peut, pas ce qu'on veut. »
Jamais je ne serai en accord avec cette affirmation. Dans le plus profond de mon être, même si je n'arrivais pas, jusqu'à tout récemment à mettre les mots sur les sentiments que je voulais dire à tant de gens, même si je ne savais pas comment faire pour que ma vie n'en fasse pas l'éloge, je n'ai jamais pu l'accepter et ne l'accepterai jamais.
En fait, j'ai appris, par mes expériences, par mes désirs, par mes souffrances, par mes études et par mes croyances que l'humain ne peut pas, ne doit pas et ne veut pas faire que ce qu'il peut et seulement ce qu'il peut. La volonté, c'est ce qui fait vivre, c'est ce qui motive l'espoir. Pourquoi chercher à se la cacher? Et n'est-ce pas vrai que ce qui oriente ce qu'on peut, les possibilités, ce sont les volontés?
Je crois comprendre que ce qui guide les Inuit dans leur vie, ce qui leur donne un sens, ce sont leurs volontés. Les volontés qu'ils acceptent d'écouter en eux.

Deuxième révélation

Dans la plus intrigante région du Québec, là où pour s'y rendre, la planification est essentielle, nous sommes à écrire le résumé de nos observations et de notre recherche.

J'ai fais un constat. Comment m'est-il arrivé? Est-ce lorsque nous avons reçu la visite nocturne d'une Inuk en mal de vivre? Est-ce lorsque j'ai terminé la lecture de La rivière sans repos de Gabrielle Roy? Était-ce pendant que je m'amusais dans la neige avec deux jeunes Inuit inconnus rencontrés en haut de la butte, à côté de la Régie? Ou quand nous avons rencontré une dame du gouvernement régional, après avoir demandé à la porte si quelqu'un pouvait nous informer sur les associations d'aînés?

J'ai compris qu'au Nunavik, planifier signifie prévoir. Prévoir, dans le sens de « penser à », mais pour le futur.

Au sud, quand on planifie, on écrit. On écrit dans notre agenda, dans une liste, sur un coin de papier déchiré ou, à la rigueur, sur notre éminence thénar (le petit muscle situé sous le pouce, qui durcit quand on pince la joue de son neveu). On écrit parce qu'on ne veut pas oublier. Rien de plus normal de ne rien vouloir oublier. À 6h25, il faut se réveiller. À 7h10, il faut déposer son enfant à la garderie. À 7h30, il faut avoir commencé à travailler. À 12h00, il faut manger. À 15h40, à la garderie, à l'épicerie. À 16h30, faire le repas, le lavage, le ménage, la vaisselle en se dépêchant parce qu'à 19h00, c'est Unité 9... C'est normal d'avoir peur d'oublier une rencontre avec un étudiant en agrothérapie (ou peut-être était-ce ergo?). On a pas le temps de se poser la question, si c'est écrit à 14h30, on est là et prêt à 14h25.

Au nord, quand on planifie, on ne l'écrit pas, on n'oublie pas. On sait que ça va arriver, mais à quelle heure, on s'en fou. Tout est toujours fonction du temps qu'on a eu pour s'occuper de ses parents et de ses enfants, de son niveau de fatigue et de la température. Ce qu'on sait, par contre, c'est que ça va arriver, on en doute pas. Alors, qu'on manque un rendez-vous, ce n'est pas ce qui va empêcher qui que ce se soit de vivre.

Maintenant, quand nous, les intrus en ce pays, apportons notre bois et notre béton pour construire un hôpital et que nous installons un de nos blancs dans sa tour d'ivoire pour le surveiller avec des horaires de travail coupées au couteau, il arrive que des frictions inter-ethnies se développent.

Conclusion

J'aime bien ces valeurs Inuit, je crois que je m'y retrouve bien. Comptez sur moi pour vous les imposer à mon retour, chers défenseurs de la montre, du chronomètre, de l'agenda et du rendement.

Une autre de mes volontés? Ne serait-ce qu'une fois, pouvoir prendre encore la 12 de 7h15.

Ah oui, et qu'on arrête de me dire qu'on a pas les moyens de se payer de l'éducation quand on a les moyens de pont à payage, de centrale à Val-Jalbert, d'amphithéatre, de faire 50 000 kilomètres par année, d'en faire faire trois fois plus au matériel qu'on s'importe des États-Unis, de chauffer à 26°, d'aller 4 fois par année dans le sud et de se payer des médecins à 150 000$ par année. Pour vrai, arrêtes.

Guillaume

jeudi 31 janvier 2013

La guerre des perspectives

Aujourd’hui, nous avons rencontré un M. travaillant dans un organisme à but non lucratif au Nunavik. Il nous a mentionné que lorsqu’il est arrivé il y a 4 ans à la tête de l’organisme, il y avait deux entités dans son bâtiment. D’un côté, c’était le côté Inuit et de l’autre côté, c’était le côté Blanc. Du côté Inuit, le bâtiment était extrêmement sale car ceux-ci ne se présentaient pas au travail alors que de l’autre côté, il était propre car les Blancs, qallunat, avec leur perspective sur les horaires du Sud, étaient habitués de se présenter en faisant du 9 à 5 à tous les jours.

Il s’est questionné sur la raison pour laquelle ceux-ci ne se présentaient pas au travail?

Pour comprendre ceci, je vous partage un survol des valeurs Inuits qui découle de mes lectures. D’abord, l’indépendance. Les Inuits mettent l’accent sur la liberté de chacun de choisir ce qu’il veut faire et quand il veut le faire. Dans leur culture, une personne qui annule un rendez-vous à la dernière minute n’est pas imputable de se faire parler dans le dos. Au même titre, on verra au Nunavik des enfants jouer à l’extérieur à des heures tardives durant la semaine. Ceci découle de cette valeur mais également du fait que l’enfant est la réincarnation d’un aîné décédé récemment (pas préconisé par tout le monde comme croyance mais encore présent) ce qui fait que de lui dire quoi faire serait une atteinte à son indépendance. Deuxièmement, très proche, il y a la non-interférence. Le fait de donner un horaire constitue de l’interférence dans l’optique ou c’était comme si on imposait quelque chose à une personne qui n’est pas présente. Une autre forme de manque de respect à la non-interférence serait de poser des questions à un tiers sur un a Inuit qui n’est pas présent. Ensuite, il y a les positions d’autorité. Certains Inuit perçoivent que les gens en position d’autorité prennent des décisions sur une base personnelle. Ainsi, les organigrammes dans les organisations ne sont pas nécessairement quelque chose auxquels ils se sont tous adaptés. L’autorité entre également en conflit avec l’indépendance puisqu’elle attaque directement le sentiment d’auto-détermination des gens. Comme chez nous, les valeurs sont plus ou moins partagées par tous mais j’observe quand même dans le petit échantillon qu’est Kuujjuaq –chaque village au Nunavik est différent- et suivant mes discussions avec plusieurs travailleurs que ces valeurs leur sont chères. Ainsi, il est important, conformément à l’ergothérapie, de se rappeler que chaque personne est unique. Autre point qui a été soulevée durant cette rencontre avec notre interlocuteur et qu’on ne doit jamais oublier est que nous ne sommes pas chez nous. Il faut adapter notre vision des services offerts et notre approche en fonction de la population ici.

Toutes ces valeurs expriment pourquoi un horaire de travail ne fonctionne pas avec certains Nunavimmiuts. Ainsi, ce que notre interlocuteur a fait lorsqu’il est arrivé a été, en premier lieu, de joindre les deux bâtiments. Ensuite, il a commencé par faire un horaire pour la semaine…sans succès. Pour le mois…sans succès. Pour l’année…sans succès. Il a ensuite tenté quelque chose. Les Blancs écrivaient leur horaire et les Inuit prenaient les heures restantes. De plus, il a expliqué à ces travailleurs, non pas qu’ils auraient des sanctions, mais l’impact que leur absence avait sur lui. Ils comprennent que ceci est en quelque sorte une atteinte de son indépendance. Ceci a augmenté l’assiduité et graduellement le nombre d’heure de travail. Je peux vous dire que nous avons vu deux travailleurs Inuit aujourd’hui dans cet établissement et ils riaient avec les résidents. Le tout avait l’air très familial.

C’est par petit pas que ceci est arrivé. De plus, M. nous a expliqué que lorsque quelqu’un manque plusieurs fois, il commence par se requestionner lui sur ce qu’il pourrait faire en tant que ‘’responsable’’ de la ressource pour que cette personne revienne travailler. En effet, il nous a dit que lorsqu’il engage quelqu’un, c’est qu’il a vu quelque chose en cette personne. Il y a dû y avoir quelque chose qui a changé la relation de cette personne avec son travail et qui explique son absence.

Suite à cette rencontre intéressante, nous avons été dans un autre bâtiment tout près. Nous avons gardé ceci en tête et nous sommes dit que pour développer des relations avec les usagers du bâtiment, nous devions revenir de temps en temps en étant d’abord des mouches sur le mur puis graduellement, de faire partie du quotidien des gens.

Ensuite, on remet notre casque de coureur des bois et notre attirail et  ensuite.

4 personnes venant du Sud débarquent et entre dans le bâtiment à la manière d’un éléphant ataxique ayant de la chorée dans un magasin de porcelaine avec des allées de 2 pieds de large.
Ils disent aux gens : Bon bien, on vient observer comment vous travaillez ici et comment ça fonctionne. Faites nous faire le tour et on va demander aux employés comment ça va après.

La non-compétence culturelle en action. La frustration. Le dégoût. L’acceptation. La réalisation qu’ils viennent du Sud et sont arrivé avec leur cadre sans tenir compte du fait que ce n’est pas chez eux.

Benjamin

La quotidienneté

- Miroir, miroir, dis-moi, dis-moi que je suis la plus belle, dis-je ce matin en me levant, le regard fixé dans ce qui semblait bien être mon propre regard, me fixant.

- En cherchant à la ronde, partout dans le Nunavik et dans tout le vaste monde, on ne trouve pas plus belle que toi, me répondit mon miroir, alors que je me mirais, ou plutôt que mon reflet me mirait.

Et bien soit. Ne cherchant plus à me faire d'éloge, je partis affronter mon destin, mon bagage sur le dos de mon porteur et mes raquettes aux pieds.

- Que vous êtes jolis! Que vous me semblez beaux! Sans mentir, si vos talents se rapportent à vos rendements, vous êtes inégalables. Ici, vous devriez travailler.

Que de compliments de la part de nos supérieurs, nous pourrions nous en contenter. Pourtant, tant de démarches nous avons entreprises.

- Il y a tant d'opportunités d'emploi ici, c'est facile de gravir les échelons. En plus, les conditions de travail sont superbes. Quand on y pense, c'est si triste de se dire que ce n'est pas vrai pour tout le monde. Ce n'est tellement pas vrai que c'est exactement pour cette raison que nous sommes ici...

Or ici, tant bien que mal, les gens se battent pour un avenir. Peut-on en vouloir à ceux qui croient que c'est leur culture qui l'incarne? Ou encore à ceux qui le voit dans ce qu'on appelle au sud l'évolution?

Dans le fond, à quelle fin sommes-nous ici? J'espère que les centres de jour que nous cherchons à mettre sur pied pourront permettre à ces gens d'ici de veiller sur eux-mêmes, par eux-mêmes, en harmonie avec leur culture. Et je désire que l'outil que nous voulons donner aux communautés n'en devienne pas un d'assimilation pour l'autre nation. Cherchons-nous, par notre projet, à maintenir l'emprise d'une nation sur une autre? Je souhaite de tout mon cœur que ce ne soit pas le cas.

Notre projet? Étude du centre de jour de Kuujjuaq, incluant l'étude des établissements en contact avec le centre de jour, ainsi que l'étude des activités sociales du village, agrémenté de l'étude des moyens de promotions possibles dans le village. Nous restera à reprendre nos démarches dans les deux communautés visées, Kangiqsujuaq et Puvirnituq. Parce que c'est ce qui nous a été demandé : analyser et planifier la mise sur pied de centres de jour dans ces deux villages.

Mission impossible? Ne sommes-nous pas inégalables?

Et le soir.
- Reine Rivard, tu étais la plus belle, mais Blanche neige au pays du sud, au-delà des monts, bien loin, est aujourd’hui une merveille.

J'enverrai donc un agent de la GRC enquêter directement sur les lieux. Ne sait-on jamais, peut-être la retrouverait-il dans un lieu inusité, une grève ou un autobus. Et quand je l'aurai trouvée, je le promets, je ne l'oublierai pas.

Voilà la quotidienneté.

Sa Majesté,

Reine Rivard

dimanche 27 janvier 2013

Situation de survie: solution, survivre

De jeudi matin dernier à vendredi soir dernier, nous avons manqué d’eau à notre maison de Kuujjuaq. Nous avons passé par une gamme d’émotions auxquelles on ne peut rendre justice en gardant notre personnalité typique. C’est pourquoi nous avons choisi de raconter cette histoire en prenant les traits d’une personne mal adaptée pour ladite situation. Voici la panne d’eau à Kuujjuaq à la manière de Bear Grylls (Personnage de l'émission Seul contre la nature dans lequel on apprend comment survivre dans des conditions extrêmes).

Jeudi matin, mon cadran sonne, je sursaute. Ça fait déjà 14 minutes 37 secondes que je suis réveillé, mais j'ai oublié d'arrêter mon cadran avant qu'il ne sonne, comme je fais habituellement. Ce bruit est beaucoup trop agaçant...

En fait, j'avais senti des éléments inhabituels dans la maison ce matin, c'est pourquoi je me suis éloigné de mes habitudes.

Pour survivre le matin, il est très important de bien écouter la maison.

Lorsque je suis sorti de ma chambre, avant que mon cadran ne sonne, j'avais entendu dans les tuyaux de la maison que bientôt, il arriverait un malheur. Lorsque je suis sorti de ma chambre, après que mon cadran ait sonné, je me rends immédiatement à la toilette, en prenant le temps, bien entendu, de vérifier que la porte d'entrée n'a pas été forcée, que les fenêtres n'ont pas été bougées pendant la nuit et que l'anse de ma tasse de café est restée dans la même orientation que celle dans laquelle je l'avais laissé hier. Orientation qui me permet, le matin, de connaître l'heure exacte grâce à l'ombre du soleil, dans le cas où nous aurions manqué d'électricité pendant la nuit.

Il est toujours bon d'avoir une solution de rechange pour se repérer dans le temps.

Je vais donc prendre ma douche et en sortant, comme je l'avais deviné : une épreuve. Le bouton orange, indiquant un manque d'eau dans la maison est allumé.

Dans ces moments, le stress ne doit pas nous envahir, il faut prendre le temps de réfléchir aux solutions qui s'offrent à nous.

Je me rends à la cuisine, il reste un peu d'eau dans les fonds de chaudron que je pourrai utiliser pour mon café, je n'aurai qu'à la filtrer à travers mon chandail. Je pourrai ainsi manger également mon restant de patates pilés que je n'aurais pu récupérer autrement.

Lorsqu'une situation d'urgence comme celle-ci se présente, il faut toujours se faire des réserves d'énergie.

Je pars pour le travail. Je me brosserai les dents au bureau. Par chance, les services de remplissage des maisons est assez efficace pour qu'on ait de l'eau ce soir. Pas de chance, à mon retour, toujours pas d'eau. J'avais quand même tout prévu. Je remplis donc mes chaudrons avec la neige que j'avais conservé dans mon entrée, en prévision.


La neige, lorsqu'elle est chauffée dans un chaudron, se transforme en eau. C'est pourquoi elle peut être essentielle à notre survie dans toute situation.

Bear Grylls

Signalement de deux dividus: une fable de Claude Poirier sur l'absence d'eau


De jeudi matin dernier à vendredi soir dernier, nous avons manqué d’eau à Kuujjuaq. Nous avons passé par toute une gamme d’émotions auxquelles on ne peut rendre justice en gardant notre personnalité typique c’est pourquoi nous avons choisi de chacun raconter cette histoire en prenant les traits d’une personne beaucoup trop intense pour ladite situation. Voici la panne d’eau à Kuujjuaq selon Claude Poirier.

7hrs30, la lumière rouge s’allume. Non mais au 22e siècle y as-tu encore des places ou cque l’eau dépend de si une lumière fonctionne? On est pas au Cardamone ou Garam Masala icitte quand même??? Pis c’t’affaire l’eau est pas encore revenue le soir même.

On m’a envoyé grâce à mes contacts le signalement du responsable.

Y s’agirait d’un camion jaune qui se promène avec un objet contindant vert qui entre dans ta maison pis qui est attiré par les lumières rouges. Y paraît qui transporterait toute l’eau de la ville (en fait Claude c’est le camion citerne jaune rempli d’eau qui a un tuyau vert et qui vient remplir ton eau si la lumière rouge est allumée).

D’après le portrait robot, ce serait un homme qui était deux qui a des cheveux, porte un manteau, habite dans une maison et se promène à l’extérieur.

Les 2 dividus sont sortis avec un sac plus lourd qu’à l’habitude. Y avait de quoi de suspect parce que leur brosse à dent étaient pas dans la salle de bain de chez eux. C’est là que j’ai appelé le répondeur de mon bon chum au SP Kuujjuaq qui m’a dit que ils avaient entendu des pas dans la neige dans la ville durant la journée.

C’est vers 17hrs30 que les deux dividus ont fait une pénétration par effraction dans la maison pour se rendre compte que le crime avait été perpétuité. Mes infos me disent qui en a un dont on m’a envoyé le portrait robot qui a été vu à maltraiter 100cm3 de neige avec un chaudron contenant du métal. Il paraitrait d’après Mme Gélinas de la 3e maison à gauche de la rue de la Montagne à Hochelaga qu’à s’est rendu compte que le criminologue était en train de la chauffer la neige. Non mais aujourd’hui avoir encore des crimes comme ça, ça l’a pas de bon sang. On se croirait en Euthanasie…

On est pas sûr de ce qui ont fait avec la neige mais le lendemain, Mme Bélanger de Verdun m’a dit qui en avait pu d’eau dans les chaudrons pis qui l’auraient intégré. Ah oui, on recherche toujours la lumière rouge à part de ça.

J’espère que le criminel qui a fait ça se regardera dans le miroére pis aura la décence de se livrer à la police.

Je suis Claude Poirier, le vrai négociateur.

10-4

mercredi 23 janvier 2013

Le blizzard

La fois où je suis resté pris trois jours au lac Gabriel, l'autre fois où il a fallu arrêter notre randonnée de ski de fond, quand l'avion pouvais pas partir d'Aupaluk, y paraît que quand tu mets ta main devant toi, tu la vois pu, j'ai entendu dire que quelqu'un est mort à 100 mètres de chez lui, il pouvait pu se retrouver, ben voyons, t'es fou de prendre ton char, éloigne-toi pas trop des maisons, au cas où, on peut tu partir boss, c'est un white out, j'ai jamais vu ça depuis 4 ans, il y en a pas tellement à Kuujjuaq, on est trop dans le sud, tabarnouche, il fait dont ben blanc, tu t'en vas à pied, arrêtes je vais aller te reconduire, apparamment que 3 personnes ont pris le champ, ils ont toutes fermés, l'hôpital offre même plus de services clients, si t'es chanceux, tu vas voir à Kangiqsujuaq, ya pas d'arbre là-bas, pis en plus, t'es sur le bord de la baie, le vent y rentre en écoeurant, coudon il y a donc bin de la neige dans notre porte d'entrée, une journée de même, je la passerais dans le lit, collé sur ma blonde, chu tu dans rue là, c'est de valeur, je serais aller fumer, mais je suis même pas capable d'allumer mon lighter, c'est drôle depuis les réchauffements climatiques, je pensais qu'il y en aurait pu icitte, tu penses tu que le Nuviq'Vi est ouvert, c'est pas si pire, ça duré une demi journée, à Quaqtaq j'ai déjà vu 5 jours sans arrêt, chérie me rappellerais-tu ce qu'il y avait de l'autre côté de la rue, il y a donc bin de la buée dans mes lunettes.

Le blizzard.

Je m'attendais à pire.

C'est vrai que de voir la neige tomber à l'horizontal, ça impressionne. Surtout la première fois. N'empêche que la neige tombe à l'horizontal entre Les Boules et Matane aussi, pour n'avoir pu l'observer que de là en Gaspésie. « Mais ça, c'est un blizzard moyen. » Ah bon, il y a des catégories de blizzard aussi! Est-ce vous en avez aux smarties?

C'est sûr, quand il faut déneiger son auto pour se rendre au travail, faut le faire vraiment vite, parce que c'est pas long que c'est à recommencer. Ça peut être tanant. Mais quand on marche, qu'on a une boussole, quelques collations, qu'on est bien habillé et qu'on est pas pressé, pourquoi je me soucierais de la neige sur les autos. D'ailleurs, la personne, celle qui m'a répondu « des fois, on a des choses à transporter » quand je lui ai demandé à quoi ça servait une auto dans un village où les deux points les plus éloignés sont distants de 2 km, elle ne m'a pas convaincu du tout.

En fait, quand nous sommes allés au centre de jour, je trouvais qu'il faisait même plutôt chaud... dans mon manteau.

C'est bon de se sentir utile dans la vie. C'est probablement ce qui m'a fait apprécier ma visite du centre de jour. Enfin, comprendre réellement notre rôle ici et, tant qu'à y être, faire le remoulage de l'orthèse tibiale d'une personne qui a une plaie de frottement sur sa malléole externe droite, due à une inversion et une rotation interne du pied. Et sentir qu'on est pas dans le Sud quand on constate qu'on est en train de tremper un morceau de plastique qui sent le jus de pied dans un chaudron d'eau qu'on fait chauffer entre deux poêlons où cuisent des pains traditionnels inuit.

C'est ça le Nord.

Guillaume